L’élevage au sud du Bénin : un secteur à fort potentiel entre traditions, défis et nouvelles opportunités
Introduction
Au sud du Bénin, l’élevage occupe une place importante dans les activités économiques des ménages ruraux et périurbains. Dans une région caractérisée par une forte concentration de la population, une demande alimentaire croissante et une disponibilité relativement importante de sous-produits agricoles et agroalimentaires, les activités d’élevage offrent de nombreuses possibilités de création de revenus.
Contrairement à l’élevage bovin extensif, davantage associé aux régions septentrionales du pays, le sud du Bénin se prête particulièrement à des formes d’élevage plus diversifiées : aviculture, élevage porcin, élevage de petits ruminants, cuniculture, élevage d’escargots, aulacodiculture et pisciculture. Le Gouvernement béninois reconnaît d’ailleurs aujourd’hui plusieurs de ces filières comme des métiers agricoles à développer et propose des formations professionnelles spécifiques en aviculture, élevage porcin, élevage de bovins et petits ruminants, ainsi qu’en pisciculture et aquaculture.
L’élevage au sud du Bénin apparaît donc comme un secteur à la fois traditionnel et moderne, capable de contribuer à l’emploi des jeunes, à l’amélioration des revenus des familles et à la sécurité alimentaire.
1. Les principales formes d’élevage pratiquées dans le sud du Bénin
L’aviculture
L’élevage des volailles constitue l'une des activités les plus accessibles aux petits et moyens producteurs. Il comprend notamment l’élevage de poulets de chair, de poules pondeuses et de volailles locales.
Son intérêt économique est particulièrement important dans les zones urbaines et périurbaines où la demande en viande de volaille et en œufs est forte. Le développement de cette filière représente également un enjeu national. En juin 2026, le Gouvernement indiquait que le Bénin consommait au moins 100 000 tonnes de produits avicoles par an alors que la production nationale était estimée à environ 20 000 tonnes.
Cette différence entre la demande et la production montre l’existence d’un marché considérable pour les producteurs capables de proposer des produits de qualité.
L’élevage porcin
L’élevage des porcs est particulièrement présent dans plusieurs localités du sud et du sud-est du Bénin, notamment dans les départements de l’Ouémé et du Plateau.
Une étude portant sur 400 éleveurs dans ces deux départements a montré que la filière fait face à plusieurs difficultés : alimentation coûteuse ou insuffisante, problèmes sanitaires, manque d’encadrement technique et insuffisance dans l’aménagement des porcheries.
Malgré ces contraintes, le porc demeure une production intéressante pour les exploitations familiales. Une meilleure organisation de l’alimentation, de la reproduction, de l’hygiène et de la commercialisation peut permettre d'améliorer considérablement les performances des élevages.
La pisciculture
La pisciculture constitue une autre activité particulièrement adaptée au contexte du sud du Bénin. La présence de nombreux plans et ressources en eau offre des possibilités pour l’élevage de poissons, notamment le tilapia et le clarias.
Des expériences menées dans les départements du Littoral, de l’Atlantique, du Plateau, de l’Ouémé, du Mono, du Couffo et du Zou ont notamment porté sur la pisciculture en étang et l’élevage de clarias en bacs hors-sol.
Plus récemment, la recherche béninoise continue de s’intéresser à une pisciculture plus durable et résiliente, ce qui montre que cette filière possède encore d’importantes marges de progression.
Les petits élevages
À côté des filières plus connues, plusieurs élevages à petite échelle peuvent contribuer à la diversification des revenus : lapins, escargots, aulacodes, chèvres et moutons.
Ces activités présentent l’avantage de pouvoir être développées dans des exploitations de taille relativement modeste. Elles peuvent également être associées à l’agriculture, créant ainsi un système où les déchets végétaux servent à nourrir les animaux et où les déjections animales peuvent être valorisées comme fertilisants.
2. Pourquoi l’élevage est-il important pour les populations du sud du Bénin ?
L’élevage joue d’abord un rôle économique. Les animaux constituent une source de revenus et peuvent servir de réserve de valeur pour les ménages. La vente d’œufs, de volailles, de porcs, de poissons ou de petits ruminants permet aux producteurs de répondre à leurs besoins quotidiens et de financer d’autres activités.
L’élevage contribue également à la sécurité alimentaire. La viande, le poisson et les œufs apportent des protéines animales indispensables à une alimentation équilibrée.
Il possède enfin une dimension sociale. Dans de nombreuses exploitations familiales, l’élevage est associé à l’agriculture. Les résidus de cultures peuvent être valorisés pour l’alimentation animale tandis que les déjections peuvent contribuer à la fertilisation des sols. Cette complémentarité entre agriculture et élevage permet de mieux utiliser les ressources disponibles.
3. Les principales difficultés rencontrées par les éleveurs
Le développement de l’élevage au sud du Bénin reste cependant confronté à plusieurs obstacles.
Le coût de l’alimentation
L’alimentation représente l’une des principales charges des élevages modernes. Dans le cas de l’élevage porcin au Sud-Bénin, des recherches ont notamment identifié le manque de disponibilité des aliments, l’augmentation de leur coût et l’insuffisance des ressources financières comme des contraintes majeures.
La recherche de formulations utilisant davantage les ressources locales constitue donc un enjeu important pour réduire les coûts tout en maintenant une alimentation adaptée aux animaux.
Les maladies animales
Les maladies peuvent entraîner des pertes importantes dans les exploitations. Une mauvaise hygiène des bâtiments, une surveillance insuffisante ou l’absence de suivi vétérinaire peuvent fragiliser les élevages.
La prévention doit ainsi occuper une place centrale : entretien des bâtiments, respect des règles d'hygiène, suivi sanitaire, vaccination lorsque cela est nécessaire et recours à des professionnels compétents.
Le manque d’encadrement technique
Un élevage rentable ne repose pas uniquement sur l’achat des animaux. Il exige des connaissances en alimentation, reproduction, santé animale, logement, gestion financière et commercialisation.
L’insuffisance de formation peut donc conduire à de mauvaises décisions et à des pertes économiques. Des études réalisées dans le sud-est du Bénin ont notamment relevé que le manque de suivi et d’encadrement pouvait contribuer aux difficultés des éleveurs.
L’accès au financement
La construction des bâtiments, l’achat des animaux, l’alimentation, les équipements et les soins nécessitent des investissements. Pour les petits producteurs, l’accès au financement constitue donc un facteur déterminant.
Le développement de systèmes de financement adaptés aux petites exploitations pourrait faciliter la modernisation des élevages.
4. L’importance de la formation et de la professionnalisation
L’avenir de l’élevage au sud du Bénin passe largement par la professionnalisation des acteurs.
En 2026, le Gouvernement béninois a annoncé de nouvelles filières de formation dans les Lycées Techniques Agricoles, notamment en aviculture, cuniculture et élevages non conventionnels, élevage porcin, élevage de bovins et petits ruminants, ainsi qu’en pisciculture et aquaculture.
Cette orientation est importante : elle montre que l’élevage est de plus en plus considéré comme un véritable métier nécessitant des compétences techniques et entrepreneuriales.
Un jeune qui souhaite créer une exploitation doit ainsi apprendre non seulement à s'occuper des animaux, mais également à calculer ses coûts, prévoir ses besoins alimentaires, suivre ses performances, gérer les risques sanitaires et identifier ses débouchés commerciaux.
5. Vers un élevage plus intégré
L’une des pistes les plus intéressantes pour le sud du Bénin est le développement de systèmes intégrés.
Dans une exploitation intégrée, plusieurs activités peuvent fonctionner ensemble. Par exemple, une production végétale peut fournir des résidus valorisables dans l’alimentation animale, tandis que les déjections animales peuvent être utilisées pour produire du compost ou enrichir les sols.
La pisciculture peut également être associée à certaines productions végétales, à condition de maîtriser correctement la gestion de l’eau et les équilibres sanitaires.
Cette approche permet de réduire les pertes, de valoriser les ressources locales et de diversifier les sources de revenus.
6. Quelles perspectives pour l’avenir ?
Les perspectives sont nombreuses. La croissance démographique et l’urbanisation soutiennent la demande en produits alimentaires. Les villes comme Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo et leurs périphéries constituent des marchés importants pour les produits d’élevage.
L’aviculture apparaît notamment comme une filière stratégique compte tenu de l’écart actuel entre la production nationale et la consommation.
La pisciculture présente également un potentiel important, particulièrement dans les zones où les producteurs peuvent accéder à une ressource en eau appropriée et à un accompagnement technique. Les nouvelles orientations de formation dans le domaine de l’aquaculture témoignent de l’intérêt croissant accordé à cette activité.
L’élevage porcin, quant à lui, peut bénéficier d’une amélioration des pratiques alimentaires, sanitaires et de gestion. Dans le sud-est du pays, des travaux de recherche ont déjà permis d’identifier précisément plusieurs contraintes auxquelles les producteurs sont confrontés.
Conclusion
L’élevage au sud du Bénin est loin d’être une activité secondaire. Il constitue un véritable levier de développement économique, de sécurité alimentaire et de création d’emplois.
Aviculture, élevage porcin, pisciculture, élevage des petits ruminants, cuniculture et élevages non conventionnels offrent des possibilités variées selon les ressources, les compétences et les moyens disponibles.
Cependant, le développement durable du secteur nécessite de relever plusieurs défis : réduire le coût de l’alimentation, renforcer la prévention sanitaire, améliorer l’accès au financement, professionnaliser les producteurs, développer les infrastructures et mieux organiser la commercialisation.
Le véritable enjeu pour le sud du Bénin n’est donc plus seulement de pratiquer l’élevage, mais de passer progressivement d’un élevage de subsistance ou de petite production à un élevage professionnel, rentable, moderne et durable, capable de répondre à la demande croissante des consommateurs tout en créant de véritables opportunités économiques pour les jeunes et les familles rurales.